Des milliers de reines piégées : leur astuce anti-frelons asiatiques fait un carton

À Brec’h, petite commune du Morbihan, une armée discrète de bénévoles armés de pots, de sirop et de patience a frappé fort contre un redoutable ennemi : le frelon asiatique. Leur objectif ? Couper le mal à la racine en piégeant les reines avant même qu’elles ne puissent fonder un nid. Une méthode rustique, mais redoutablement efficace, qui inspire désormais bien au-delà de la Bretagne.

Pourquoi viser les reines de frelons asiatiques ?

Chaque printemps, dès que les températures dépassent les 12 °C et que les premières fleurs s’ouvrent, les reines fondatrices de frelons asiatiques sortent de leur hibernation. Faim de sucre, elles explorent jardins et haies. C’est à ce moment précis qu’elles sont vulnérables.

Une seule reine peut bâtir un nid primaire, y élever sa première génération d’ouvrières, puis déménager vers un nid secondaire pouvant abriter plusieurs milliers d’individus. Ces colonies sont un véritable fléau pour les abeilles domestiques : un seul frelon peut tuer des dizaines d’abeilles par jour. Un impact qui met en danger la pollinisation et l’équilibre des écosystèmes.

Une mobilisation impressionnante à Brec’h

Plutôt que d’attendre la prolifération estivale, la commune de Brec’h a décidé d’agir dès le 20 mars, jusqu’au 20 mai. L’idée : piéger uniquement les reines en sortie d’hibernation, bien avant la création des nids.

La recette des appâts est aussi simple qu’efficace :

  • 1/3 de bière
  • 1/3 de sirop de grenadine
  • 1/3 de vin blanc
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Pourquoi ce mélange ? Le vin blanc et la bière repoussent naturellement les abeilles grâce à leur teneur en alcool, alors que les reines de frelons y sont peu sensibles. Le sirop attire par sa douceur. Ce mélange joue ainsi sur le comportement différencié des insectes au printemps.

125 habitants formés par l’association apicole locale ABSAP ont installé les pièges sur l’ensemble de la commune : jardins privés, haies, espaces publics. Ils ont aussi assuré un relevé précis des données : dates, lieux de pose, nombre de captures et contrôles du contenu pour éviter les prises accidentelles d’espèces non ciblées.

Résultat : 7 772 reines piégées en deux mois

Le chiffre interpelle. Entre le 20 mars et le 20 mai, l’opération a permis de capturer 7 772 reines de frelons asiatiques. Chaque reine capturée, c’est potentiellement un nid en moins à l’automne. Et donc une cascade évitée : moins de frelons, moins de prédation sur les abeilles, et une biodiversité un peu plus stable.

Les effets sont visibles :

  • Davantage de pollinisateurs sur les fleurs en journée
  • Moins de frelons en patrouille autour des ruches
  • Réduction des interventions d’urgence en été

Un modèle duplicable partout en France

L’initiative ne reste pas isolée. D’autres communes du pays d’Auray emboîtent le pas, séduites par l’efficacité du dispositif. Suivre quelques règles simples permet de reproduire le succès :

  • Former des volontaires en fin d’hiver
  • Utiliser des pièges sélectifs dès les premiers jours doux de mars
  • Changer les appâts deux fois par semaine pour les garder actifs
  • Stopper les pièges mi-fin mai pour épargner les guêpes indigènes
  • Ouvrir une ligne de signalement pour les nids secondaires l’été
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Le coût reste modeste : des pots recyclés, des appâts peu chers et un peu de coordination. Un responsable par quartier suffit pour maintenir la dynamique. De petites subventions locales peuvent soutenir la logistique et la sécurité.

Pourquoi ça fonctionne ?

Un piège bien conçu au bon moment intercepte les reines avant qu’elles ne fassent des dégâts. Et chaque capture compte. Un nid secondaire peut produire des milliers de fondatrices pour l’année suivante. En bloquant ce cycle, on frappe fort et durablement.

De plus, cette démarche crée une dynamique citoyenne : les habitants repèrent mieux les frelons, alertent les autorités, participent à la surveillance. Un savoir collectif se construit.

Et si on lançait ça chez vous ?

Que vous soyez apiculteur, amoureux des jardins ou simple citoyen curieux, vous pouvez aussi participer. Commencez petit, dans votre quartier, avec quelques pièges et une poignée de bénévoles. Relevez les données, échangez avec des associations locales, et surtout, arrêtez bien les pièges en mai.

Le frelon asiatique, rapide et adaptable, ne disparaîtra pas demain. Mais avec des gestes simples, vous pouvez bloquer sa progression là où ça compte le plus : au tout début de son cycle annuel.

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Céleste D.
Céleste D.

Céleste D. est passionnée par la gastronomie locale et l'art de recevoir. Elle partage ses conseils pour rendre chaque repas au Mas des Chardons inoubliable.